L'inspiration

Tout a commencé avec une réalité douloureuse : Madagascar a perdu plus de 90% de ses forêts originelles. La forêt tropicale d'Atsinanana, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, disparaît chaque année sous les coups du tavy, de l'exploitation illégale du bois de rose et des mines clandestines.

Je voulais raconter cette histoire — mais pas comme un documentaire. Comme une aventure vécue de l'intérieur, où chaque choix du joueur a un impact visible et immédiat sur la forêt.

L'autre source d'inspiration est profondément culturelle : le concept malgache de Fihavanana — cette solidarité intraduisible, ce lien sacré entre les humains, la terre et les ancêtres. J'ai voulu en faire une mécanique de jeu, pas un simple décor.


Ce que j'ai construit

Tany Maitso est un RPG 2D en pixel art développé en JavaScript. Le joueur incarne Ravo, 17 ans, qui part sauver la forêt d'Atsinanana en retrouvant 7 graines sacrées appelées les Voan'Ala.

Le jeu repose sur trois piliers :

  • Le Système Ala — la forêt est un organisme vivant. Chaque arbre planté, chaque incendie éteint, chaque villageois convaincu fait monter la jauge Ala en temps réel. Si elle tombe à 0%, c'est le game over.

  • Le Fihavanana — aider les autres augmente vos pouvoirs. La solidarité est plus efficace que la violence.

  • Le débat comme boss final — Viktor Lauzon, l'exploitant étranger, n'est pas vaincu en combat mais lors d'un grand débat public. Les arguments disponibles dépendent des preuves collectées tout au long du jeu.


Comment je l'ai construit

Le projet est structuré autour du framework Maki avec une architecture modulaire en JavaScript.

J'ai suivi un ordre de développement strict : carte jouable → moteur de dialogue → jauge Ala → plantation → quête complète → alliés animaux → cinq zones → Fihavanana → débat final → trois fins.


Les défis rencontrés

Le plus grand défi : équilibrer la nuance morale. Dada Koto, le charbonnier, n'est pas un méchant — c'est un père qui a faim. Concevoir un système de dialogue où le joueur peut comprendre l'antagoniste avant de le convaincre, sans jamais le juger, a demandé de nombreuses itérations.

**Le défi technique : garder tout le jeu synchronisé. Les actions du joueur modifient en direct la carte, les PNJ, les dialogues et les jauges, donc le plus difficile a été de maintenir un état de jeu clair et cohérent.

Le défi culturel : rester authentique. Chaque dialogue, chaque fady, chaque référence aux Razana a été vérifié pour respecter la culture malgache sans la caricaturer.


Ce que j'ai appris

  • Que la game design peut être un outil pédagogique sans jamais faire la morale.

  • Que le Fihavanana est un concept de design profondément moderne : coopérer est mécaniquement plus puissant que dominer.

  • Que raconter une histoire locale avec une précision culturelle est une force compétitive unique — personne d'autre ne peut raconter Madagascar mieux que moi.


"La forêt parle. Apprends sa langue." — Tonton Maminiaina

Share this project:

Updates